ENTREVUE – Patrick Ridremont, réalisateur inspiré de DEAD MAN TALKING

Patrick Ridremont, réalisateur du film Dead Man Talking.

Le Blog de CINEMANIA : Avec un one-man-show intitulé « Mon cul », on ne vous attendait pas dans un registre plus grave. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Patrick Ridremont : « Mon cul » n’était pas non plus un truc aussi léger que ça, j’y disais des choses assez sérieuses. Toutes les choses que je fais et pour lesquelles je me vends ne dépassent jamais cinq ou six minutes : sketchs, capsule humoristique pour la télé, improvisation…Pour un long-métrage, je ne voulais pas faire une heure quarante de sketchs ! Je fais ça toute ma vie. J’avais envie de raconter des choses un peu plus importantes. Et je crois que je suis un mélange des éléments présents dans le film : violent, sombre, drôle… J’avais envie que ce film ressemble un peu plus à ce que je suis.

LBDC : Est-ce que c’est un pamphlet, ou du moins une critique, contre la peine de mort ?

PR : Non, parce que la peine de mort, même si c’est l’interface dans lequel se passe le film, j’ai pas grand chose à en dire. Je suis contre. Point.  Je ne vais pas en faire un film. Plus que la peine de mort, ce sont ces lois derrière lesquelles certains hommes se retranchent pour ne pas à avoir à prendre de décision qui m’intéresse. Ce qui m’amuse là-dedans, c’est de mettre un bon doigt à cette loi qui ne prévoit pas combien de temps peut durer la dernière déclaration d’un condamné. Et, à partir de là, la machine s’emballe.

LBDC : Mais cette loi en question est fictive. Le film ne se situe dans aucun pays réel… D’ailleurs, pourquoi ce choix d’intemporalité et de ne pas situer l’action dans un pays concret ?

PR : Parce que le pays où s’applique la peine de mort ne m’intéresse absolument pas. Je trouve que le pays que j’ai inventé au cinéma est bien plus intéressant que les États-Unis où l’on applique la peine de mort. Ce n’est même pas une critique contre eux. Il est beaucoup plus agréable de réinventer le temps et les lieux. En tout cas pour ce film, c’est ce que je voulais. Si je faisais un film sur une maladie, je serais capable d’inventer une maladie parce qu’elle m’arrange. Je n’aurais, par exemple, pas grand chose à dire sur la sclérose en plaques mais je serai capable, de manière très romanesque, d’en inventer une qui m’arrange. Donc ce pays est une pure invention parce que cela m’arrange.

LBDC : Pourtant il y a beaucoup de références à l’Amérique des années 50 et 60 dans votre film, les costumes, le décor, les voitures…

PR : Plus qu’à l’Amérique elle-même, c’est une référence au cinéma. J’avais non pas envie de faire un film, mais de faire du cinoche ! Donc, fatalement, j’ai un plan que l’on dirait sorti d’un film d’Hitchcock, d’autres que l’on croirait tournés à la Nouvelle-Orléans… Il y a en effet des plans qui font très années 50. De plus, aujourd’hui, il y a souvent une dépendance à la technologie dans les films et je trouve ce genre de Deus ex machina ridicule. Quand tu décides d’enlever toute forme de modernité dans un film, il devient un peu intemporel. Le film se passe dans ce genre d’environnement. On est probablement en 2 000 mais dans un endroit où, techniquement, on a arrêté d’évoluer en 1980.

Le réalisateur belge a répondu aux questions des journalistes.

LBDC : Il y a, dans votre film, beaucoup de personnages caricaturaux. Le journaliste par exemple, que l’on dirait tout droit sortie du bande-dessinée…

PR : Absolument. C’est un cliché ce journaliste, avec son chapeau mou, son long manteau beige et un crayon derrière l’oreille. Je suis sûr que s’il enlève son manteau, il a des bretelles, comme tout bon journaliste. Cet élément est tellement important pour moi que lorsqu’ils sont douze [les journalistes], ils sont tous habillés de la même manière. Ils sont la ligne claire, le cliché du journalisme.

LBDC : Et le producteur de télévision, pourquoi l’avoir affublé d’un accent méditerranéen ?

PR : Il est Corse. Je trouve que cet accent du Sud, quand tu dois vendre ta mère, ça fonctionne très bien (rire).

LBDC : Vous êtes fumeur ?

PR : J’étais fumeur. J’ai fumé comme un malade pendant le tournage du film.

LBDC : Il n’y a pas une sorte de coup de gueule contre l’interdiction de la cigarette dans votre film ?

PR : Oui, parce que l’on m’avait dit « comme dernière volonté, le condamné ne peut pas fumer une clope ». Il ne faut pas me dire ça (rire) ! Du coup, tout le monde fume ! Il y a un plan de quatre minutes où deux cents personnes fument. C’est la réinvention de l’hostie, ils sont en communion totale. J’adore ça ! Au lieu de distribuer des hosties, on distribue des clopes ! C’est bien provocant (rire)!

LBDC : Vous avez d’autres projets ?

PR : Le plus gros projet que j’ai c’est de suivre ce film le plus longtemps possible. La suite, c’est raconter d’autres histoires mais je ne sais pas encore quoi. Je n’ai pas de projet concret de film. J’attends de voir la sortie française et internationale pour voir l’impact du film et vers quoi cela me mènera. J’ai pas envie de m’emballer, j’ai attendu longtemps déjà. Je suis un vieux comédien mais un jeune réalisateur.

Entretien et photos : Cyril Durand.

Lire notre critique de Dead Man Talking en cliquant ici.

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