– J’ENRAGE DE SON ABSENCE – L’émotion droit au coeur

Alexandra Lamy, Jalil Mehenni et William Hurt, impeccables dans le premier film de fiction de Sandrine Bonnaire.

Synopsis

Jacques (William Hurt) et Mado (Alexandra Lamy) ont eu un fils autrefois. Mais il est décédé, dans un accident de voiture. Chacun a vécu sa peine à sa manière. Mado a reconstruit sa vie et a eu un autre petit garçon, Paul, âgé de sept ans. Elle mène une vie paisible dans un HLM avec son enfant et son mari. Jacques est retourné vivre aux Etats-Unis, dont est originaire sa mère. Il n’a jamais réussi à faire le deuil de son petit Mathieu.

Alors qu’il revient en France gérer l’héritage familial, à la mort de son père, il rencontre Mado et Paul. L’homme tisse rapidement un lien fort avec l’enfant. A tel point que Mado préfère les empêcher de se voir. Mais Jacques ne l’entend pas ainsi. Il s’installe dans la cave de leur immeuble où Paul vient lui rendre visite, en cachette…

Critique

En 2008, Sandrine Bonnaire réalisait Elle s’appelle Sabine, un documentaire sur sa sœur autiste. Quatre ans plus tard, cette actrice majeure du cinéma français, saluée par ses pairs dès ses 17 ans – César du meilleur espoir féminin pour A nos amours de Maurice Pialat en 1984 – reprend du service derrière la caméra pour J’enrage de son absence, une fiction cette fois.

L’histoire d’un homme hanté par la mort de son fils, qui va tenter de se rapprocher du petit garçon de son ex-compagne, et va en faire son enfant de substitution. Pour mettre en scène cette histoire, Sandrine Bonnaire s’est inspiré d’un homme, qui a aimé sa mère, mais n’a pas pu se marier avec elle. « Je l’avais croisé enfant. Je l’ai revu à 2O ans, confie la réalisatrice. Il était devenu SDF, avait renoncé à sa vie. Il n’avait pas fait le deuil de ma mère. »

« Avec le ventre »

Elle se sert de ce drame personnel pour construire un drame psychologique et intime. Une chose est sûre, pour monter J’enrage de son absence, Sandrine Bonnaire a mis du cœur à l’ouvrage. La réalisatrice dit que son film « a été fait avec le ventre » et cela se ressent. Elle a cherché à réaliser une œuvre où prime l’émotion. Et a réussi son coup. Elle n’en fait jamais trop, ne va pas puiser dans le pathos parfois indigeste.

Sa direction d’acteurs y est sans doute pour beaucoup. William Hurt (qui porte bien son nom de famille ici !), père meurtri, fantôme dévoré, parvient à diffuser sa douleur tout au long du film, sans artifice, sans excès. Alexandra Lamy, telle un double de Bonnaire, est parfaite en jeune femme « normale et terrienne » comme la définit la réalisatrice. La « chouchou » d’Un gars une fille démontre une nouvelle fois, pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, son potentiel dramatique. Et Paul (Jalil Mehenni), petit garçon en admiration devant cet inconnu malheureux venu d’Amérique, joue avec sincérité.

A la limite du thriller

Outre le jeu des acteurs, la mise en scène, à la limite du thriller parfois, apporte une saveur particulière au film. Sandrine Bonnaire a cherché à donner un sens à chacun de ses plans et cela se voit. En choisissant de filmer très souvent ses acteurs en plan serré, elle leur donne une âme et amène le spectateur dans un huis-clos justifié.  Ce dernier ressent l’étouffement de Jacques, enfermé dans sa douleur. Le spectateur suffoque lui aussi, subit, se demande comment cette histoire va se finir.

Un sentiment exacerbé par le lieu de « recueillement » de Jacques, la cave. Cet endroit entre ombre et lumière, où le personnage y est à la fois heureux et malheureux. Heureux lorsqu’il retrouve Paul et se « déguise » en papa, malheureux quand le lieu prend des allures de caveau où se fânent peu à peu les vieux jouets de l’enfant défunt.

Autre symbolique très forte du film, la maison. De chaque maison présente dans le film, Jacques est exclu bien malgré lui. Sa maison d’enfance d’abord, qu’il préfère ne pas garder ; l’appartement où Stéphane vit avec Mado, ce foyer qui aurait pu être le sien si le drame n’était pas survenu ; la maquette de maison en carton qu’il fabrique pour le petit Paul, qu’un simple coup de pied peut détruire, et dont il sait pertinemment qu’elle ne sera jamais la sienne… Finalement, son seul foyer devient cet endroit obscur qu’est la cave. Sandrine Bonnaire a voulu montrer un paradoxe : « Cet homme construit pour les autres, mais déconstruit sa vie. »

Bien sûr, Sandrine Bonnaire n’a pas réalisé une première œuvre de fiction parfaite. J’enrage de son absence comporte quelques défauts. Par exemple, les scènes répétées de Mado en train de fumer ou marchant pour aller chercher son fils à l’école. Des scènes qui ont du sens – elles permettent d’installer le spectateur dans la routine du personnage – mais qui ne servent pas forcément l’histoire.

Cependant, la réalisatrice signe un long-métrage réellement maîtrisé. A croire qu’au fil de ses errances d’actrice auprès des plus grands cinéastes français, elle a dû, sans le savoir vraiment, leur voler quelques astuces !

Anne-Laure Le Jan

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