Le cinéma belge, une histoire d’amour ?

Bouli Lanners et Fabrice Adde dans Eldorado, petite merveille du cinéma made in Belgique.

Le festival CINEMANIA a présenté lundi 5 novembre un « focus » belge avec quatre films : Dead man talking, Le sac de farine , Mobile Home et Berlin Telegram.  Des films qui par leur diversité de traitements et de thèmes offrent un bon panel de ce qui fait le cinéma belge.

La mise à l’honneur dont a bénéficié le cinéma belge lundi dernier, lors du festival CINEMANIA, a souligné l’effervescence d’un cinéma qui, depuis une dizaine d’années, ne cesse de croître sur la scène internationale. Encore modeste mais bien visible.

La Belgique, des gaufres, de l’auto-dérision et du surréalisme. Bien que Magritte ait laissé sa marque, la spécificité belge va chercher un peu plus loin. Eh oui, il faudra passer outre la référence Dikkenek.

Quand on parle cinéma belge, on pense souvent aux frères Dardenne. Mais attention, il existait avant eux ! Sinon, ce serait négliger (entre autres !) le très peu politiquement correct C’est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde), qui a remporté le prix du public au festival de Cannes en 1992.

Trivialité et beaux-arts

Dominique Païni, définit  le cinéma belge comme  « un des plus singuliers du monde : ce sont des artistes qui ont « fait » [ce] cinéma, non des auteurs ; il y a là une spécificité extraordinaire, entre trivialité et beaux-arts ».

Bouli Lanners, le réalisateur de Eldorado et Les géants, pourrait en donner un bon exemple, lui qui est sorti de l’Académie des beaux-arts de Liège comme peintre avant de se retrouver derrière la caméra. Mobile Home (François Pirot) se présente dans cette lignée, tout comme l’oeuvre de la réalisatrice Ursula Meier. Des films de gens simples avec de grands rêves, des vies blessées transpercées de poésie. Dead man talking, qualifié de fable par son réalisateur Patrick Ridremont, va encore un peu plus loin dans l’absurde. On est alors dans le cinéma du rêve pur de Jaco Van Dormael, descendant direct de Magritte.

Réalisme social

D’un autre côté, il y a le réalisme social des frères Dardenne. Bien plus que l’observation quasi-documentaire des anciennes villes minières de la Wallonie, la force des frères Dardenne tient beaucoup de la maîtrise de leurs scénarii, pour créer des personnages forts qui se démènent contre la misère comme Rosetta ou Lorna (Le silence de Lorna). Dans la même veine, on peut compter Joachim Lafosse, dont le dernier film A perdre la raison a été présenté au Festival du Nouveau Cinéma.

La palette s’élargit encore dans un territoire si étriqué. Avec Le sac de farine de Kadija Leclere, c’est un cinéma ouvert sur le monde, d’une génération aux identités métissées, qui fait sa place dans le cinéma d’aujourd’hui. Le cinéma flamand tient la barre haute avec des films tels que La merditude des choses de Felix Van Groeningen, et Bullhead de Michaël R. Roskam.

Esprit de famille

Cela ne dit pas pour autant pourquoi Philippe Falardeau co-scénarise en compagnie de Vincent Lanoo, et pourquoi le dernier Kino Kabaret de Montréal a accueilli une importante délégation belge. Pourquoi en somme, le Québec aime le cinéma belge.

Peut-être faudrait-il reprendre les mots de M. Païni encore une fois, et entendre par artistes, des créateurs et des magiciens certes, mais aussi des fabricants, des artisans, des gens qui font beaucoup avec peu et surtout avec enthousiasme. En effet dans le milieu de l’industrie, le cinéma belge est reconnu tant par son professionnalisme que pour la convivialité des équipes, un cinéma « low-budget » rendu vedette. Cet esprit de famille fait mouche jusqu’à traverser les océans.

En plus de l’humour, de la légèreté de ton, du réalisme qui n’empêche pas la poésie, ce n’est pas seulement un cinéma mais aussi une manière de faire du cinéma, qui séduit le Québec aujourd’hui et dans laquelle peut-être, il se retrouve.

Et qui mieux que Raoul Servais incarne encore cette spécificité belge  de l’artisan magicien?

 

Anne Castelain

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