– L’HIVER DERNIER – Requiem pour un monde paysan

Un chant du cygne retranscrit à l’image par une tranche de vie monotone et lancinante d’un jeune paysan à l’agonie qui, comme un poisson jeté sur la rive, tente de survivre dans d’ultimes soubresauts. L’hiver approche et son vent froid résonne comme un requiem.

Vincent Rottiers est à l’affiche de ce requiem pour un monde paysan.

Partition

Sur un plateau isolé et désolé souffle un vent glacial. Johann a repris la ferme de son père. Aux portes de l’hiver, l’équilibre fragile de son exploitation est menacé. Plus les ennuis s’enchaînent, plus le jeune paysan se renferme sur lui-même et fuit son entourage pourtant déjà disparate. Prisonnier de son héritage et de la tradition, il continue d’accomplir les mêmes gestes, le même travail dans un monde appelé à disparaître. La paysannerie succombe à la mondialisation et se débat avec l’énergie du désespoir. Cet hiver pourrait bien être le dernier.

Quelques notes autobiographiques

Avec ce premier long-métrage, le réalisateur et scénariste John Shank signe un film autobiographique à de nombreux égards. Le personnage principal, sobrement interprété par le jeune Vincent Rottiers, partage quelques traits avec le cinéaste. Ce dernier à vécu dans des villages isolés et agricoles, d’abord dans l’Indiana puis en Belgique. Bien que ni lui ni ses parents ne furent exploitants, le réalisateur a baigné dans cet environnement là et ressent une très forte appartenance à la terre et à une communauté sur le point de succomber à un monde en mouvement.

« I’m a poor lonesome cowboy »

Bien que le film ne se revendique d’aucun genre particulier, il fait penser à bien des égards à un western transposé dans l’Aveyron et l’Aubrac. Plusieurs caractéristiques constitutives du genre sont réunies : le rapport à la terre, l’ennemi invisible, la communauté… On voit le héros arpenter seul un paysage désolé et morne sur son cheval, un fusil attaché à la selle et un sac de couchage roulé sur l’arrière : l’archétype du « lonesome cowboy ».

Bouquet final

L’intérêt du film réside essentiellement dans son esthétique et ravira les amateurs de films contemplatifs où l’action défile comme passe les saisons. Les dialogues sont réduits à leur stricte minimum et la trame scénaristique demeure très pauvre. Les plans, tous très photographiques, servent à planter un décor pesant et renforcer la thèse du réalisateur d’un monde condamné par la modernité. Les personnages déposent les armes au pied d’un ennemi qui ne dit pas son nom.

Chronique d’un monde paysan à l’agonie à déconseiller aux amateurs de film d’action.

Cyril Durand

Le film sera projeté samedi 10 novembre à 9 h au cinéma l’Impérial.

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