ENTREVUE – Stéphane Cazes signe OMBLINE, un premier film fort et émouvant

Étudiant en sociologie, bénévole en prison, l’idée de parler de la relation mère à enfant au sein de l’univers carcéral a commencé à mûrir dans l’esprit de Stéphane Cazes il y a maintenant 10 ans. C’est à ce moment que se dessine le scénario d’Ombline, qui mènera à 7 ans de travail de documentation et d’investigation. Car Ombline, c’est avant tout une fiction basée sur des faits réels. Dès la fin de l’écriture du scénario, tout va très vite et le tournage s’achève en un mois. Le réalisateur a accepté de répondre à nos questions, juste après la première projection du long-métrage au cinéma Impérial.

Le Journal de CINEMANIA : Lors de la conférence, vous avez mentionné un important travail de direction d’acteur avec Mélanie Thierry ? Pourriez-vous nous en dire plus ?

Stéphane Cazes : Dans un premier temps, mon travail avec elle s’est fait pour l’aider à s’imprégner du personnage. J’ai essayé de lui transmettre toute la matière que j’avais accumulée durant toute ces années ; des documentaires à voir, des personnes à rencontrer, des livres à lire… Et notamment, pendant deux semaines, nous avons animé un atelier d’arts et d’essais à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis. C’était important pour Mélanie qu’elle rentre en prison et qu’elle rencontre des femmes qui vivent la même chose que son personnage. Dans un deuxième temps, on a pris le scénario scène par scène et on a discuté du sous-texte, des relations entre les personnages, comment elles évoluaient. J’avais écrit une biographie sur le personnage avant le film, j’ai essayé de lui donner toute la matière, et sur le tournage, elle savait tout ce que je savais. Elle a appris à se battre en prenant des cours de combat de rue, pour savoir donner des coups et savoir en prendre aussi. Elle a de même pris du poids pour son personnage. Mélanie s’est imprégné du rôle et l’a fait résonner encore plus loin que ce que je pouvais imaginer.

LJDC : Qu’est-ce qui vous a mené vers le sujet du rapport mère à enfant en prison ?

SC : Il n’y aura pas de réponse toute simple à cette question, ou alors il faudra demander à mon psy (rires) ! Le lien mère-enfant, c’est pour des raisons personnelles, j’avais envie d’en parler. Après ce qui m’a le plus marqué, ce sont les rencontres que j’ai faite lors de mon bénévolat en prison. Ces femmes, à travers leurs parcours, leurs témoignages m’ont apporté quelque chose d’énorme ; elles m’ont fait remarquer que j’avais des préjugés sur tout. Ce qui m’est arrivé, c’est comme ce qui arrive à Ombline dans le film ; elle a des préjugés sur tout et petit à petit, ils vont tous tomber un à un et elle va s’épanouir en rencontrant toutes ces femmes détenues. En découvrant l’univers de la prison, j’avais l’idée préconçue qu’il y a avait d’un côté les coupables, d’un côté les victimes. Et c’est là que j’ai constaté que toutes femmes détenues étaient en effet toutes coupables de quelque chose, mais qu’elles étaient aussi toutes des victimes de violence conjugales, de viols…C’est peut-être pour cela qu’elles sont devenues coupables et cela nuance les choses. Quelque chose qui m’a profondément marqué chez les femmes qu’on ne trouve pas chez les hommes, c’est la profonde culpabilité d’être considérée par la société comme étant une mauvaise mère. Mes études en sociologie et en psychologie m’ont beaucoup apportés pour comprendre ces choses.

LJDC : On sent dans votre film l’envie d’aller au-delà des préjugés. Par exemple, lorsqu’au final Ombline et son ancienne surveillante de prison parviennent malgré tout à créer un lien…

SC : C’est inspiré d’une surveillante de prison que j’avais rencontrée. Je la trouvais très froide avec les personnes détenues et lorsqu’on allait manger à la cantine de la prison, elle faisait rire tout le monde. Mais dans le cadre de son travail, c’était une autre femme. Elle m’expliquait que son principal souci était de faire connaître le règlement aux nouvelles détenues et par la suite, de ne surtout pas entrer en empathie avec elles, probablement pour tenter d’échapper à cette violence. C’est très humain mais c’est aussi très dur à vivre pour les femmes détenues. On en revient à l’institution qui créé du rapport de force.

LJDC : Pourquoi Mélanie Thierry ?

SC : A l’ origine, je pensais prendre une inconnue pour le rôle d’Ombline. C’est ma directrice de casting qui m’a conseillé de la voir. Je l’ai rencontrée, elle a fait le même casting que toutes les autres comédiennes, et elle était de toute évidence un cran au-dessus des autres. Je ne l’ai pas pris parce qu’elle était connue mais parce qu’elle était la meilleure comédienne pour ce rôle-là.

LJDC : Quels sont vos prochains projets ?

SC : Un long métrage sur une histoire d’amour entre une femme blanche et un homme noir, dans le contexte du problème d’accès à l’eau en Afrique. Le thème du film sera la non-violence. C’est un sujet qui me touche beaucoup et qui nécessite de même beaucoup de documentation.  Mais l’écriture du scénario sera probablement moins longue que pour Ombline.

Suite à la projection du dimanche 5 Novembre, Stéphane Cazes a généreusement répondu aux questions du public, qui a accueilli le film avec beaucoup d’émotion. 

Propos recueillis par Sophie Laisney. / Vidéo : Anne Castelain.

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