– 38 TÉMOINS – De l’aveuglement (en) général

En s’inspirant d’une histoire vraie, Lucas Belvaux signe avec 38 témoins un polar qui s’attache moins à divertir le spectateur qu’à le malmener, tant il arrive à démontrer la lâcheté inhérente au genre humain.

Pierre Morvand (Yvan Attal), pilote portuaire au Havre, figure sur la liste des 38 témoins…

Synopsis

Alors qu’elle rentre d’un voyage à Shanghaï, Louise Morvand (Sophie Quinton) apprend qu’un terrible drame s’est joué la nuit précédente dans sa rue, au Havre. Une femme a été assassinée sous les fenêtres de l’immeuble qu’elle habite avec son mari Pierre (Yvan Attal). Lui est rentré tard, et selon l’enquête de voisinage, les autres riverains n’ont rien entendu. La journaliste du Havre Libre (Nicole Garcia) se heurte aussi au silence des habitants, apparemment en état de choc.

Oui mais, une nuit, Pierre se confie à sa femme endormie et lui raconte avoir entendu les cris effroyables de la victime. Selon ses dires, tous les habitants ont forcément été réveillés par les hurlements inhumains. Rongé par la culpabilité, il raconte ce qu’il a vu et entendu aux enquêteurs. S’il dit vrai, les 38 témoins de la scène de crime n’ont rien fait pour secourir la jeune femme, pas même décroché leur téléphone pour alerter la police… Devra-t-on faire le procès de ces 38 témoins pour non-assistance à personne en danger ? Devra-t-on faire le procès de la lâcheté ?

Critique

Le dernier long-métrage de Lucas Belvaux (Rapt, La raison du plus faible) est une adaptation du roman de Didier Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, lui-même inspiré de l’affaire du meurtre de Kitty Genovese, du nom de cette femme assassinée en pleine rue à New York devant 38 témoins passifs.

De ce fait divers bien réel est né le concept appelé « effet du témoin » ou « effet spectateur », celui qui dans des situations d’urgence inhibe notre action à cause de la présence d’autres personnes. Comme le résume Lucas Belvaux dans un entretien au journal Le Monde, « plus il y a de témoins, plus la responsabilité se dissout, et moins on est porté à agir ».

Mais de cette thèse surréaliste, le cinéaste belge tire une œuvre ultra-réaliste, s’éloignant des pistes toutes tracées du polar pour celles plus délicates du drame social. Ici, le spectateur en quête de suspens, de traque au meurtrier et de rebondissements restera sur sa faim. L’autre, celui en attente de questionnement moral et de tension sociale, sera comblé.

Le réalisateur dresse, grâce à cette histoire, un portrait passionnant des interactions entre justice et médias. De l’enquêteur, du procureur et de la journaliste, chacun a ses raisons et ses objectifs. Ainsi, Belvaux aborde frontalement le thème de la vérité et de ses enjeux. En campant une journaliste assaillie par le doute, Nicole Garcia symbolise ce tiraillement : toute vérité est-elle bonne à dire ? Doit-on révéler la lâcheté de ces 38 témoins qui ont préféré se taire et mentir ? En creux, les questions d’éthique, de morale, de justice.

La grande astuce du film consiste à transposer cette affaire new-yorkaise dans le contexte havrais. La grisaille, les plans montrant les énormes porte-conteneurs dans le port du Havre (Pierre est pilote portuaire) ne font que renforcer l’ambiance et la couleur du drame.

38 témoins est au final une œuvre sur la lâcheté et la responsabilité, l’amour et le délitement du couple, sur le quotidien et ce qui le mine. Une oeuvre sur la vie en somme.

Martin Gauchery

Le film sera projeté ce mardi 6 novembre à 15 h 15 au Cinéma Impérial.

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