– ALYAH – Du deal de coke à la Terre promise

Adèle Haenel et Pio Marmaï se donnent la réplique dans Alyah.

Premier film du réalisateur Elie Wajeman, Alyah raconte l’histoire d’Alex, jeune dealer parisien un peu paumé qui, à la faveur d’un shabbat en famille, prend la décision de rejoindre son cousin à Tel Aviv afin d’y ouvrir un restaurant. Une œuvre noire réalisée avec talent, inspirée des drames de James Gray.

Pour partir, Alex (Pio Marmaï, tout en sobriété) devra faire son « alyah » (terme hébreu utilisé pour évoquer le processus d’immigration d’un juif de la diaspora vers Israël), dealer de la coke pour réunir 15 000 euros mais surtout parvenir à s’affranchir d’un frère très encombrant (Cédric Kahn, éblouissant). Il sera également confronté à l’amour naissant avec la belle Jeanne (Adèle Haenel), compliquant encore davantage son nouveau départ. Partira, partira pas ?

Au plus près

Avec ce premier film, sélectionné lors de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes, Elie Wajeman signe donc une œuvre noire à l’intrigue classique. Le cinéaste y évoque le thème de l’espoir d’une vie meilleure loin d’un quotidien gris et sans perspective. Un thème dans lequel s’imbriquent l’histoire familiale, l’intrigue amoureuse et le milieu des petits truands.

Tout au long de l’histoire, la caméra suit Alex dans ses aventures. Gravitent autour de lui toute une galerie de personnages qui ont le mérite de le découvrir tour à tour ami, frère aidant, juif sceptique, amant, ex-amant, trafiquant.

La force du film réside sans doute dans la volonté de regarder les acteurs au plus près, caméra à l’épaule, concentrant une grande partie des plans sur les visages afin de capter au mieux les expressions et les émotions des personnages.

Un parti pris réussi grâce au jeu subtil des comédiens, tous remarquables. En découlent des scènes d’une intimité et d’un naturel déconcertant, notamment entre Alex et Jeanne.

Joue là comme James Gray

Probable que Wajeman soit un grand admirateur de l’excellent James Gray (La nuit nous appartient, Two Lovers, entre autres), tant on retrouve dans Alyah toute la tambouille du cinéaste américain projetée dans un contexte français. Cadre religieux tenu à distance raisonnable par le héros, famille qui tient lieu de fardeau (ici le frère indigne dont Alex doit sans cesse éponger les dettes), amour impossible, fréquentation du milieu des (petits) gangsters, le tout tenu dans une tension tragique.

Mais chez James Gray, la tragédie se déroule implacablement, rendant impossible la fuite du héros vers un horizon nouveau. Les magouilles à la petite semaine, les manquements de l’entourage ramènent inexorablement le personnage du cinéaste vers une réalité qu’il cherche à fuir.

Sans en révéler trop, la direction choisie par Elie Wajeman privilégie la possibilité d’une fuite en avant, ce qui fait perdre à l’œuvre sa force tragique. Reste toutefois un excellent premier long-­métrage dont n’auraient pas rougi certains cinéastes bien établis.

Martin Gauchery.

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